La cuisson à basse température, nouveau Graal des chefs
Par François-Régis Gaudry,
DR/SDP
Le nouveau credo de certains chefs: la basse température. Pour Carlo Crisci (ci-dessus), elle concentre les sucs dans la chair.
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De la technique du sous-vide aux machines dernier cri, la cuisson à basse température est le nouveau Graal des chefs du monde entier. Plongée dans une nouvelle ère bouillonnante qui n'a qu'une obsession : la magnificence du produit.
Pierre-Louis Viel pour LExpress Styles
Un saumon au lave-vaisselle? Une mangue à la bouilloire? C'est possible, avec les recettes de L'Express Styles!
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Alexandre Gauthier, lui, réinvente la cuisson du poulet rôti à... 62° C.
«Tu ne cuiras pas trop»
Dix minutes plus tard, résultat : un cube de viande juteux, sur lequel il pose en équilibre un fragment de peau séché au four. Du poulet rôti, tout y est - le petit côté fumé étrangement apporté par le caviar et le croustillant- sauf le rôtissage. «Je retrouve la nostalgie gustative du poulet rôti tout en réinventant sa cuisson. C'était non seulement un jeu, mais aussi une façon d'obtenir une tendreté de chair phénoménale», explique Alexandre Gauthier en coulisses.Elle a drôlement jauni, l'image d'Epinal du maître queux perlant de sueur, remuant ses casseroles en cuivre au-dessus d'un incendie de forêt. Certes, il est encore un peu tôt pour déclarer les rôtissoires, sautoirs, poêles à frire et woks en voie d'extinction, mais force est de reconnaître que le feu vif est sourdement contesté par une révolution de velours en marche depuis quelques saisons : la basse température. Le slogan est lâché. Sur les menus des restaurants, dans les livres de recettes, au rayon professionnel des matériels de cuisine, il se brandit partout. Avec un idéal en toile de fond : le respect total des aliments.
Souvenez-vous: déjà, avec la «nouvelle cuisine», dans les années 1970, Henri Gault et Christian Millau pourfendaient la cuisine au lance-flammes, le matraquage des poissons, le flambage des viandes, en proclamant le commandement: «Tu ne cuiras pas trop.» Aujourd'hui, on revendique carrément la naturalité radicale des produits, et les cuissons caressantes sont devenues des alliées indispensables pour préserver leurs textures, leurs couleurs, leurs arômes et leurs qualités nutritionnelles.
Le high-tech aide les chefs
F. Vielcanat/Urba images
Hervé This montrait, en 2000, qu'un oeuf dur cuit à 62 degrés présente un blanc beaucoup plus tendre.
Nos grands-mères n'ont pas attendu les conclusions de nos savants fous pour pratiquer empiriquement les braisages (à l'origine, la cuisson d'aliments sur de la braise à feu doux et à couvert) et les agneaux de sept heures. Pas plus que les Japonais, qui, selon la coutume de l'onsen tamago vieille de mille cinq cents ans, faisaient cuire leurs oeufs dans des sources chaudes pour obtenir une souplesse incomparable. Mais le high-tech facilite désormais la tâche des chefs.
Plancha détournée
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Pepe Solla, chef de file de la nouvelle école espagnole, prépare un poisson cru-cuit à très basse température.
Idem pour Carlo Crisci, bricoleur de génie près de Lausanne, qui s'est mis en tête de détourner la plancha, la fameuse plaque chauffante espagnole, symbole des cuissons ardentes en vogue dans les années 1990, en ustensile de chaleur douce. Avec un seul but: concentrer les sucs dans la chair, alors qu'ils s'échappent à feu vif. Au creux de l'assiette, ses aiguillettes de pigeon effleurées à 60 degrés pendant une heure trente explosent de saveurs. Dernier exemple: Jean-Luc Tartarin. Le chef du Havre pousse la cuisson du paleron de boeuf jusqu'à obtenir un concentré de viande à déguster à la petite cuillère! Comment? Soixante-douze heures à 58 degrés, dans un appareil à cuisson sous vide.
Une poche en plastique hermétique contenant l'aliment à cuire sans oxygène et plongée dans un bain d'eau chaude: le sous-vide a des relents de plats cuisinés fabriqués par l'agroalimentaire. Elle fut pourtant mise au point dans les années 1970 par le Géo Trouvetou Georges Pralus pour Troisgros, le restaurant gastronomique de Roanne (Loire).
«Cette méthode de cuisson, exploitée par l'industrie à des fins de conservation, fut longtemps boudée par les chefs. Elle connaît un regain spectaculaire depuis cinq ans. Parce qu'elle est associée à de faibles températures, c'est incontestablement l'un des meilleurs modes de cuisson qui soit pour tirer la quintessence des aliments», explique Christophe Larrat, chef exécutif au centre de formation d'Alain Ducasse. Nul hasard si le cursus de la cuisson sous vide attire des toques du monde entier, désireuses d'obtenir un foie gras ultramoelleux, un saumon parfaitement rose à l'arête, des asperges vertes comme si elles étaient crues et même une côte de boeuf cuite à coeur.
Initiation au Gastrovac
DR
Le Gastrovac, toute nouvelle machine développée par des chercheurs de Valence. La prochaine révolution culinaire?
Prenez un aliment. Pendant la cuisson, l'air qu'il contient se dilate et en est extirpé. Lorsque la pression est rétablie, il absorbe le liquide dans lequel il est plongé. Pascal Barbot, le chef trois étoiles de l'Astrance, à Paris, fan de la première heure de cet engin d'avant-garde, a créé la salade du XXIe siècle. Il assaisonne ainsi des feuilles de puntarelle (une variété de chicorée italienne) par imprégnation, en remplaçant le gaz qu'elles renferment par une huile d'olive marinée à l'ail et à l'anchois, tout en préservant leur croquant.
MacGyver
Pendant le Sirha, le Salon international de la restauration, de l'hôtellerie et de l'alimentation, qui se tenait à Lyon en janvier dernier, le stand bondé du Gastrovac aurait même reçu la visite des ingénieurs de la marque Seb en quête d'une application domestique...Car une question vous titille: quand pourrez-vous profiter de ces avancées technologiques? Bientôt, vraisemblablement. Pour l'heure, il vous reste les réjouissances d'un saumon cajolé par les vapeurs d'un lave-vaisselle ou d'une mangue vêtue de film alimentaire prenant un bain de jouvence dans une bouilloire, entre autres expériences ludiques et faciles que nous vous proposons. Du système D à mi-chemin du dada et de MacGyver...en attendant le progrès.
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